Les étapes de fabrication d'une pipe en bruyère

Les étapes de fabrication d'une pipe en bruyère

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09 juil. 2018
Découvrez, étape par étape, la fabrication d'une pipe en bruyère de Saint-Claude. Entrez dans les coulisses de Chacom et Butz-Choquin pour comprendre la fabrication de ces pipes renommées...

De la souche de bruyère à la pipe :

La bruyère pousse dans le pourtour du bassin Méditerranéen (Italie, Corse, Espagne et dans les pays du Maghreb...). Cet arbuste pousse au moins pendant 40 ans pour que sa racine commence à avoir une taille exploitable (et donc une valeur commerciale). L'extraction s'effectue en période hivernale (c'est-à-dire grosso-modo de fin octobre à début juillet). En dehors de cette période, en raison de la dureté du sol et aussi par le fait que les souches extraites doivent être humidifiées constamment, l'arrachage est impossible.

L'extraction est un travail pénible, il faut pénétrer dans les fourrés pour rechercher la bruyère, couper les racines et les branches pour dégager les souches. Dans l'attente de leur transport à l'usine, elles doivent être mises à l'abri de l'air et de la lumière pour éviter leur éclatement. On doit donc, soit les enterrer soit les mettre en tas en recouvrant de terre et de branchages constamment tenus humides.

La souche est alors transformée en plateau à l'aide d'une circulaire, puis en petits blocs appelés "ébauchons". Cette opération demande une connaissance approfondie du métier et une grande habilité. Après façonnage, les ébauchons sont placés dans l'eau bouillante pendant 10 à 12 heures pour détruire la sève. Mis en sac, il ils peuvent ainsi être expédiés sans risquer de fendre.

Arrivés à Saint-Claude, ils sont étendus sur des claies où leur séchage à l'air libre demande de 6 mois à 1 an, suivant la saison. A ce sujet, certains fabricants utilisent même un séchoir à l'intérieur de leur usine de façon à sécher plus rapidement les ébauchons. Une fois bien secs, ils sont classés par tailles, répondant aux dimensions des différents modèles à exécuter. Un premier tri est donc déjà fait à ce niveau là : les ébauchons les plus gros sont écartés des ébauchons de plus petite taille.

La naissance d'une pipe :

La création d'une pipe est un spectacle merveilleux. Comment, à partir d'un simple morceau de bois, obtient-on un objet aussi travaillé ? La maîtrise d'exécution, la précision des gestes, le savoir-faire... Assister à la naissance d'une pipe artisanale engendre une profonde admiration, soyez-en sûr ! 

Les étapes de fabrication d'une pipe

Les grandes étapes de fabrication :

Tout est prêt pour commencer la fabrication proprement dite... Alors, allons-y, voyons ensemble les grandes étapes dans la fabrication d'une pipe en bruyère.

Précisons que les photos d'illustration de cet article ont été prises par nos soins dans les ateliers de production de Chacom et Butz-Choquin, à Saint-Claude.

Notons également que nous avons listé ici 8 grandes étapes mais sachez que chaque marque (ou artisan) a sa propre manière de procéder. Le nombre d'étapes est donc variable suivant le fabricant. Par exemple, une grande marque va avoir toute une équipe où chacun sera spécialisé dans l'une des étapes. A l'inverse, un petit artisan (Pierre Morel de Saint-Claude, pour ne pas le citer) sera capable de réaliser lui-même toutes les étapes de création...

Créer une pipe demande quoi qu'il en soit de nombreuses manipulations dont voici les principaux jalons :

  1. Le calibrage
  2. L'ébauchage et le varlopage
  3. Le râpage (fraisage)
  4. Le perçage de la tige
  5. Le montage
  6. Le polissage
  7. Le badigeonnage et l'éclaircissage
  8. Le marquage

1. Le calibrage :

Première étape dans la fabrication d'une pipe en bruyère ! A l'aide d'une scie circulaire, l'ouvrier va redécouper les ébauchons pour leur donner une épaisseur et une hauteur uniforme en fonction du modèle à produire (qui sera évidemment plus ou moins gros). La bruyère est donc divisée dans les dimensions nécessaires à la fabrication des futures pipes.

Calibrage des ébauchons


2. L'ébauchage et le varlopage :

Après le calibrage initial vient maintenant l'étape de "l'ébauchage" et du "varlopage". L'ébauchage consiste donner forme au foyer. L'ébauchon entre donc dans une phase de "tournage" (autrement appelé "forage" du foyer). De la même façon, on va créé la forme générale de la tige, on appelle ça le "varlopage". 

A savoir : à cette étape, on dit que l'ébauchon devient alors une ébauche.

Varlopage de la tige

Bien évidemment, la silhouette de la tête va déterminer la forme de la pipe. Chez Butz-Choquin par exemple, chaque forme (Poker, Volcano, Canadienne, Pot...) est identifiée par un numéro unique. En Angleterre, chez "The White Spot" même constat, la forme de la pipe Dunhill se retrouve dans le nom du modèle avec un couple de chiffres.

Différentes formes pour la tête d'une pipe


3. Le râpage (fraisage) :

Le râpage consiste à enlever (c'est-à-dire fraiser) l'excédant de bois se trouvant entre les deux parties déjà tournées (le foyer et la tige) à l'aide d'une fraise à multiples lames tournant à grande vitesse. Pour finaliser parfaitement ce fraisage, cette opération est aussi réalisée en partie à la main avec une lime (râpe).

A savoir : à partir de cette étape, on parle de tête et non plus d'ébauche.

Étape de fraisage de la tête

Ébauches avant le fraisage

Ébauches avant le fraisage (râpage)


4. Le perçage de la tige :

La tête de la pipe commence à prendre forme mais il manque encore le perçage. La tige est donc percée pour rejoindre le forage du foyer. Selon la forme de la tête, le perçage va être réalisé en une ou deux passes. Le perçage d'un modèle très courbé sera plus difficile car il sera réalisé en deux temps : un dans le sens de la tige pour adapter le tuyau (et la présence ou non d'un filtre) et un autre plus incliné pour atteindre précisément le fond du foyer.

Le perçage doit être précis car il contribue au tirage de la pipe. Il permet de créer le passage (canal) pour la fumée.

Perçage de la tige

La pipe a maintenant sa forme quasi définitive. Elle va passer entre les mains d'un "choisisseur" qui a pour objectif de faire le tri entre les différentes qualités de bruyère. Les têtes seront donc classées en plusieurs catégories selon l'état du bois et des possibles imperfections qu'il détectera.

Si besoin, elle passera par une étape supplémentaire de "masticage" afin de corriger les petites "tares" naturelles.

Certains fabricants de pipes choisissent de creuser légèrement le bois à l'endroit de l'imperfection puis de colmater ce petit trou avec du mastic prévu à cet effet. Ces pipes seront de qualité légèrement moindre mais seront aussi moins chères à acquérir. D'autres fabricants préféreront laisser visibles les quelques minuscules points noirs car finalement..., c'est ce qui constitue l'âme du bois et cela ne gêne absolument pas lors du fumage !

Mastic sur le bois de bruyère

Mastic sur le bois de bruyère

Antoine Grenard qui gère la maison Chacom en France nous avait confié : un choisisseur ne voit passer qu'une ou deux têtes de pipes exceptionnelles sans aucune imperfection sur 100 pipes ! (voire parfois aucune...)


5. Le montage :

Le "monteur" va maintenant ajuster le tuyau à la tête. Plusieurs matières plastiques, dérivées du caoutchouc (acrylique, ébonite, cumberland...), sont utilisées pour concevoir le tuyau de la pipe. Notez que chaque tuyau est adapté précisément en fonction de la tête, il ne doit pas être trop serré ni trop lâche. Le monteur s'occupe également de la courbure du tuyau selon le résultat souhaité.

Matières pour tuyaux de pipes

Divers tuyaux de pipes

A savoir : à partir de cette étape, on parle réellement de pipe et plus seulement de tête.


6. Le polissage :

Le polissage est une étape délicate car c'est l'aspect définitif de la pipe qui est en jeu. Cette étape consiste à polir la tête et le tuyau. Chaque pipe est polie par l'intermédiaire de deux ou trois passes. On utilise des plaques feutrées, recouvertes de toile abrasive avec des grains de plus en plus petits. La pipe sera ensuite très douce au toucher, avec des formes parfaites et régulières.

Polissage de la bruyère

Polissage du tuyau de la pipe

Polissage d'une pipe terminée

Généralement, le polissage est exécuté par une majorité de femmes. Depuis toujours, les polisseuses de Saint-Claude sont renommées dans le monde entier pour leur habilité. Le coup de main à prendre est vraiment difficile. D'ailleurs, ce métier se transmet parfois de mère en fille. Le savoir-faire des polisseuses françaises a du mal à être égalé par les ouvrières d'autres pays. Pour preuve, certaines têtes de pipes initiées à l'étranger sont ensuite polies dans les ateliers de St-Claude...

Pour la petite anecdote, autrefois l'aspiration des poussières de polissage n'existait pas. Pour protéger leurs cheveux, les femmes s'enveloppaient la tête de foulards. Toutes possédaient une tabatière... mais savez-vous pourquoi ? Elles avaient recours au tabac à priser pour chasser, par éternuement, les poussières qu'elles respiraient. Les progrès de dépoussiérage ont fait disparaître la tabatière. Incroyable, n'est-ce pas ?


7. Le badigeonnage et l'éclaircissage :

Le badigeonnage consiste à styliser les pipes avec une couleur. Bien sûr, tout est possible en terme de finitions. Certains modèles seront par exemple laqués avec une couleur (voire un mélange de laques et teintures), d'autres seront simplement cirés. Les fantaisies sont nombreuses, la seule limite est peut-être l'imagination des pipiers ? On dit qu'il faut de tout pour faire un monde. La mode évolue, les goûts de la clientèle aussi. Même si vous trouverez des pipes colorées à Saint-Claude, rassurez-vous les fidèles pipes traditionnelles, sont et seront toujours de la partie.

Atelier badigeonnage chez Butz-Choquin

Coloration de pipes chez Butz-Choquin

Après le badigeonnage, la couleur est poncée, vernie, lustrée, c'est "l'éclaircissage". Cette étape va permettre d'imprégner la couleur (foncée) et ainsi faire ressortir le veinage (clair) de la bruyère. L'artisan danois Poul Winslow réussi incroyablement bien à mettre en valeur le veinage du bois. Le résultat est toujours saisissant !

Polissage final de la pipe


8. Le marquage :

La pipe est maintenant terminée, il reste une petite touche finale à apporter : le marquage, c'est-à-dire l'apposition de la marque. L'artisan pipier prend la pipe une dernière fois en main, l'inspecte et admire tout le travail effectué en amont. Il est l'heure de signer sa création ! La quasi totalité des pipes reçoivent un marquage (généralement le nom de la marque + le modèle de la pipe) sur le côté de la tige (parfois sous la tige). Le marquage est réalisé soit au tampon classique soit au laser.

Voilà, la pipe peut maintenant rejoindre son emballage, elle est prête à régaler un fumeur situé à l'autre coin du monde...

Tampons pour le marquage d'une pipe

Marquage d'une pipe en bruyère

L'étape finale de marquage n'est pas à négliger. Un raté (c'est-à-dire un marquage pas assez prononcé d'un côté ou de l'autre ou un marquage inscrit de travers) est vraiment dommage alors que la pipe est maintenant terminée !

Procédé de fabrication de la pipe Chacom

Procédé de fabrication des pipes Chacom

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