[Podcast, Épisode 6] Les autres écoles de pipes dans le monde

[Podcast, Épisode 6] Les autres écoles de pipes dans le monde

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24 août 2021
Cet épisode va clore notre série qui porte sur les différentes écoles de pipes à travers le monde. Il est temps pour nous de nous aventurer au-delà des frontières de l'Europe de l'Ouest et centrale...

Dans cet épisode, nous allons faire un dernier tour d'horizon, pour aborder brièvement les écoles japonaise, américaine et russo-ukrainienne, avant de conclure.

Chacune de ces écoles mériterait un épisode à elle seule, néanmoins, nous avons décidé de les regrouper ici.

Quittons l'Europe pour l'Asie : l'école japonaise

La pipe japonaise n'a pas attendu le boom de la pipe en terre du XVIIème siècle, ni même la découverte de la bruyère au XIXème pour exister. En effet, les japonais sont des consommateurs de tabac précoces (1570), dès que le pays commence à faire du commerce avec les navires portugais. Les pipes japonaises traditionnelles, appelées Kiseru, sont de conception très simple au premier abord : un tout petit foyer en métal d'un cm de diamètre, monté sur une tige creuse dont l'extrémité opposée est équipée d'un bec métallique, d'où l'on aspire la fumée.

Pipes japonaises

Même si elles sont avant tout utilisées pour fumer, les Kiseru sont également considérées comme des accessoires pour compléter un kimono. Ainsi, après la restauration Meiji de 1876, quand les nobles perdent le droit de porter le sabre, la Kiseru devient un marqueur de statut social. Les artisans façonnent des modèles avec de luxueuses décorations, pour permettre à leur propriétaire d'assoir leur statut et leur richesse. Aujourd'hui, les plus belles Kiseru, qu'elles soient de fabrication ancienne ou contemporaine, peuvent se négocier jusqu'à 20 000 €.

Naturellement, la pipe en bruyère existe aussi au Japon. Considérée comme une façon plus qualitative de consommer le tabac, la pipe en bruyère connaît un boom significatif à partir des années 60-70. Chose courante dans de nombreuses autres industries, les artisans nippons partent étudier auprès des maîtres européens de l'époque.

Ainsi Hiroyuki Taketomi passe l'année 1976 auprès de Sixten Ivarsson pour peaufiner sa technique. De même, la firme Tsuge (figure incontournable du paysage pipesque nippon) envoie six de ses brillants employés en Italie et au Danemark. Deux d'entre eux étudieront sous l'aile de Sixten Ivarsson et de Jorgen Larssen. Inspirés par la créativité éblouissante du père de la pipe fait-main, les artisans japonais se lancent dans la création de pipes free-hand dès leur retour au Japon. Les créations de ces pionniers vont paver la route de l'école japonaise et servir de point de départ pour les futurs pipiers Japonais jusqu'à aujourd'hui.

Les éléments propres à l'école japonaise :

De façon générale, les pipes sont symétriques dans le sens de la longueur. Cependant, les pipiers japonais font souvent appel à l'asymétrie, que ce soit pour suivre la veine du bois ou bien à cause de la forme imaginée. Cela n'empêche pas les formes des pipes d'être d'une grande harmonie : sur certaines pipes de Taketomi par exemple, les surfaces sont complémentaires, avec l'un des cotés concave tandis que l'autre sera convexe. On peut y voir une forme de dialogue entre les deux moitiés des ces pipes. Bien que cela puisse sembler désagréable une fois en main, le tout forme un ensemble confortable, qui rayonne d'une identité visuelle unique. Pour simplifier, la ligne des pipes japonaises est irrémédiablement organique. Le maître-mot ? Les courbes.

Par ailleurs, que ce soit dans la sculpture, la poterie, la fabrication de pipe ou la calligraphie, on retrouve un élément commun à toutes ces formes d'art : la beauté s'exprime dans les imperfections. Outre l'influence des pipes danoises, des pipiers japonais comme Smio Sato proposent des pipes dont le "japonisme" est bien plus prononcé que chez leurs pairs. Il utilise par exemple de la laque traditionnelle issue du laquier, contrairement à la majorité des pipiers qui emploient de l'huile de carnauba. De plus, ses pipes sont fortement inspirées par les Kiseru du XIXème siècle.

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La pipe outre-Atlantique :

Les quelques fumeurs européens que je connais sont partagés sur le sujet, mais je suis d'accord avec ceux qui disent qu'il existe une école de pipe américaine, tant les artisans indépendant s'y sont multipliés. Certes, on retrouve majoritairement des pipes très typées françaises et anglaises, mais on ressent aussi l'influence de l'école danoise. En effet, les Etats-Unis ont toujours eu un gros faible pour les pipes danoises, qui ont passionné les fumeurs américains pendant les années 60-70. À cette époque, les pipiers danois écoulaient la quasi-totalité de leur production aux Etats-Unis.

Ainsi, les pipiers américains piochent des éléments de toutes les autres écoles, ce qui donne à leurs pipes une ligne franco-anglaise, qui incorpore également des notes propres au style danois. C'est cet équilibre subtil qui confère aux artisans américains un style unique à leurs créations, et qui les distinguent des autres écoles. Néanmoins, selon certains, les pipiers américains n'ont pas encore su réinventer la pipe comme l'ont fait les italiens ou les danois. Toutefois, comme dit plus haut les avis divergents et le débat fait rage sur internet !

Et à l'Est ?

La pipe russe est la petite dernière apparue sur la scène internationale. Elle n'est cependant pas aussi récente qu'il y paraît, car on retrouvait déjà nombre d'artisans à l'époque soviétique et dans les années 1990. Le style russe est assez particulier, avec des artisans éclectiques, capables de jouer sur tous les fronts. Par exemple, l'artisan Armen Aivazovsky peut proposer une pipe qui ressemble comme deux goutes d'eaux à une Chacom Superflamme tout à fait traditionnelle et l'instant d'après dévoiler une pipe en forme de... soulier. Pareil chez Alexey Kharlamov, qui jongle adroitement entre une production centrée sur des pipes très classiques d'un côté, et de l'autre des pipes sculptées aux détails prodigieux. Par ailleurs, n'oublions pas que plus de la moitié de la Russie est en fait située en Asie, on retrouve donc les canons de la pipe japonaise (asymétrie et formes organiques), adroitement mêlés aux inspirations locales. Malheureusement, comme pour les pipiers Japonais, la barrière de la langue freine le rayonnement des pipiers russophones, et il y reste certainement des dizaines d'artisans indépendants très talentueux à découvrir !

Le mot de la fin :

Dans cette série, j'ai essayé de mettre en avant le fil conducteur entre les différentes écoles. Toutefois la France, l'Angleterre, le Danemark, le Japon et les autres pays cités ne sont pas les seuls pays au monde où l'on trouve des artisans et des fabriques de pipes. Il y en a en Tanzanie, en Argentine, en Serbie, en Suède, au Liban..., bref dans certainement tous les pays du monde. Même s'ils partagent des points communs, tous ont une identité propre. De plus, par souci de clarté, je n'ai pas pu citer tous les contributeurs à chaque école de pipe, que ce soit parce qu'ils étaient trop nombreux, ou encore car leur identité reste inconnue.

De plus, pendant les recherches nécessaire à la création de ce podcast, quelque chose m'a sauté aux yeux assez rapidement : l'absence générale d'une historiographie de la pipe française. Contrairement à la pipe danoise, italienne et américaine, on trouve très peu de documents, de témoignages ou même de date décisive dans l'histoire de la pipe française. C'est un manque cruel à l'histoire de la pipe, puisqu'il s'agit du berceau de la pipe en bruyère en Europe continentale. Je vois deux raisons derrière cette difficulté :

  • La pipe française est plus éloignée dans le temps que ses consœurs : son développement commence tôt, en 1850. A titre de comparaison, la pipe danoise éclot cent ans plus tard.
  • La pipe française repose sur des marques, tandis que les autres ont trouvent leurs racines chez des individus et artisans qui ont marqué leur époque. Les ouvriers des usines sont des anonymes dans la masse, tandis que les artisans de petits ateliers sont plus facilement mis en avant. De plus, les artisans indépendants peuvent signer leur création de leur nom, ce qui leur confère immédiatement bien plus de visibilité.

J'espère que cette série de quelques épisodes vous a plu. Il y avait énormément de choses à dire et beaucoup ont été mises de côté, par soucis de clarté et de fluidité, aussi ce contenu est très loin d'être exhaustif. Merci de votre compréhension et à très bientôt pour un prochain épisode de ce podcast "La Pipe, c'est mieux".

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